• L'accompagnement de la vie...

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    Mais pas n'importe laquelle... C'est toujours celle de quelqu'un ... D'un être en particulier... De quelqu'un qui est important pour quelqu'un d'autre...

     

    Le patient c'est d'abord un père, un mari, un frère... C'est toujours l'amour de quelqu'un...

     

    Et c'est important de ne pas l'oublier quand le patient est en état dit "pauci-relationnel"... C'est-à-dire, totalement insconcient et incapable de communication...

     

    Parce que ses patients, je n'établis pas de relation avec eux... Je ne sais pas s'ils m'entendent... Ils ne me parlent pas, leurs yeux sont presque toujours fermés... Il n'y a pas d'affect... Juste le sentiment que ce qui leur arrive est très triste...

     

    Ce patient là, pourtant, j'ai déployé beaucoup d'énergie pour son orientation hors du service... Un peu pour lui, par respect, mais beaucoup pour sa soeur...

     

    Chaque jour travaillé, depuis qu'il est dans le service, je l'ai rencontrée et écoutée, soutenue comme j'ai pu... Le service aussi l'a accompagnée, annonçant la mort proche, puis l'amélioration, puis les limites de la médecine et de ses connaissance et puis l'orientation en soins de suite...

     

    Plusieurs fois, j'ai contacté le service de soins palliatifs, qui l'a accepté, une fois, deux fois... Et puis trois... Parce qu'à chaque fois, le service s'est adapté au patient, à son évolution, à ses chances de récupération...

     

    Alors, pendant ce temps que le service va naturellement au rythme du patient, la soeur s'épuise, de déplacements, de souffrance, de culpabilité...

     

    Ce petit frère, elle l'a toujours accompagné, parce qu'il était joyeux, beau, qu'il apportait de la joie dans son coeur de petite fille mal-aimée... Fille aînée d'une mère qui ne voulait pas avoir le corps déformé... Et puis à 2 ans, une maladie virale l'a laissé handicapé, a limité ses capacités cognitives... ALors elle l'a protégé, entouré, aimé encore plus...

     

    Lorsqu'il a fallu accompagner la fin de vie de sa mère, elle l'a fait, donnant toutes ses forces et cet amour mal retourné... Et puis elle a pris en charge ce frère, jamais abandonné...

     

    Elle l'a pris en charge quand il travaillait, assurant le quotidien avec lui, elle l'a pris en charge quand la maladie l'a touché de nouveau, accompagnant la rééducation et le soutenant pour un retour à son domicile...

     

    Depuis un mois, chaque après-midi, elle est à son chevet, espérant l'impossible et acceptant le pire... Et tout ce temps qu'elle passe à ses côtés, s'inquiètant qu'il souffre ou qu'il ne s'étouffe, ses pensées s'égarent...

     

    Elle culpabilise... Elle culpabilise de peut-être ne pas l'avoir compris lorsqu'il vivait avec leur mère et qu'elle le trouvait "si renfermé", elle culpabilise de l'avoir incité à se rééduquer, à rentrer à leur domicile, quand il voulait abandonner la réécucation et demandait un placement... Elle culpabilise ... De tout, de rien, de ce qu'elle ne devrait pas...

     

    Alors j'écoute, je reformule, je lui démontre qu'elle ne doit rien se reprocher... Elle me raconte l'entretien d'admission en USP... Me dit que le médecin lui a dit qu'elle devrait travailler sa culpabilité qui n'a pas lieu d'être... Elle sourit, elle sait bien analyser ce qu'elle ressent... Mais de là à se contrôler...

     

    Son frère, lui, il ouvre les yeux quand elle évoque leur mère... S'agite... Hasard ou expression... Nul ne le sait...

     

    Alors elle me remercie d'être là... Et aussi s'excuse de me prendre tant de temps...

     

    Culpabilité, quand tu nous tiens...


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