• Dépasser ses limites...

    Et rester professionnelle...


    Parce que finalement, parfois, on a pas d'autre choix que de mettre ses affects dans sa poche... Même si c'est un peu trop lourd à porter...


    Alors cette dame, après le repos du week-end, quand l'équipe soignante m'a signalée qu'elle avait pleuré tout le week-end, il m'a bien fallu aller examiner sa NON-demande d'aide...


    D'abord, elle m'a gentiment dit qu'elle n'avait besoin de rien... Et puis son mari non plus... Et puis en fait, elle allait bien.. Malgré sa difficulté à respirer, malgré son regard angoissé, malgré son extrême fatigue...


    Et j'ai insisté... Parce que parfois c'est nécessaire de forcer les défenses... J'ai demandé à rencontrer le compagnon... Seul...


    Responsable... Digne... Comme elle... Parfaitement informé... Sur la maladie... Parce que... Pour le reste... Certaines doivent avoir les mêmes failles que moi...


    Face à cette terrible maladie, les questions essentielles n'avaient pas été abordées... Celles de l'avenir, de l'après, de l'aspect financier... Sordide... Peut-être...

    Mais je fais partie de ces gens qui pensent qui "si l'argent ne fait pas le bonheur, il y contribue"... Et que dans le chagrin, s'il faut en plus se demander comment faire manger les enfants, on EST dans l'insupportable...

    Alors, j'ai vérifié les droits, la situation administrative... L'absence de mariage... Pas vraiment un choix... Un concours de circonstance... On y pense mais on a pas les sous... Et puis les enfants arrivent, on a plus le temps... Et puis la maladie, les traitements lourds... Les cheveux qui tombent... Les priorités changent... Un jour... Un jour on le fera...


    ALors j'ai expliqué pourquoi c'était mieux... Le médecin a été clair sur le pronostic... Et puis le choix c'est imposé...

     

    Il a fallu organiser un mariage... Mariage "in extremis"... Notre administration a le don de choisir ses mots... Quand on édulcore le soin palliatif en convalescence... Elle énonce, brute, les conditions d'un mariage à l'hôpital... Alors on adoucit... La cadre de santé autorise les visiteurs plus nombreux, le bouquet de fleurs, les vêtements...

    On se fait tout petit... On fait oublier les machines... Les mots et les maux qui font mal...

     

    Et puis on met un mouchoir sur son propre ressenti... Parce que ce n'est pas l'urgent, ni l'essentiel...

     

    Et puis on rentre chez soi... Dévastée mais contente d'avoir fait passer l'intérêt premier de la patiente avant son propre besoin de protection...

     

    http://s.tf1.fr/mmdia/i/50/1/alliances-sur-rose-blanche-appel-a-temoins-la-mariee-3319501vvjex_1511.jpg?v=1


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