• De la violence de l'implication au travail...

    Bon, pour ceux qui se le demandaient, je ne suis pas morte... Enfin presque pas... Pour l'instant, je gagne... Après on verra... Un jour, sans doute, je vous raconterai... Mais pas tout de suite...

     

    Je suis retournée travailler... Et avec l'automne qui s'est annoncé, la faucheuse est venue réclamer son dû... Parfois brutalement, rapidement, sans prévenir ou presque... Le corps qui lâche rapidement, et c'est un aïeul qui tire sa révérence... ça fait mal, sans discuter mais c'est la vie... la roue des naissances et des décès, la vie qui continue...

     

    Mais parfois en réanimation, la mort se fait attendre, elle rode insidieuse mais ne se décide pas... Chacun la perçoit qui attend son heure... Repérée par une parole, une odeur, une couleur du visage, du corps qui se dégrade... Elle sème l'angoisse, le désarroi, la peur... Mais ne frappe pas...

     

    Alors chacun subit à sa façon, la patient... parfois conscient avant tout le monde du rendez-vous, la famille, dans cette sombre attente culpabilisante (alors oui Frappe! Maintenant ou jamais...), les soignants...

    L'ambiance devient lourde, orageuse, les mots sont difficiles, à trouver, à dire et même simplement à penser... Le médecin se terre, refusant l'inacceptable, la famille espère, le personnel soignant dit son impuissance...

     

    Alors un jour ELLE survient, comme une délivrance, laissant chacun emplit de souffrance et vidé de son énergie...

     

    Mais bien sur à l'ère de la Loi Léonetti et de la prise en compte de la souffrance au travail, il fallait bien proposer des solutions à ces situations qui traînent...

     

    En réanimation, cette solution s'appelle LATA ou Limitation et arrêt des thérapeutiques actives...

    La réunion de discussion de la LATA peut être demandée par n'importe quel intervenant auprès du patient dans les situations suivantes

    - le patient en situation d’échec thérapeutique, pour lequel la décision d’une limitation ou d’un arrêt de traitement(s) aura pour but de ne pas prolonger l’agonie de façon déraisonnable.

    - le patient dont l’évolution est très défavorable en termes de survie ou de qualité de vie

    - le patient témoignant directement ou indirectement de son refus de continuer des traitements visant à suppléer des défaillances d'organes...

    (Je ne pousserai pas plus loin l'explication de l'origine et de la mise en place de la LATA car ce n'est pas l'objet de ce billet et vous trouverez toutes les explications détaillées grâce aux moteurs de recherche).

     

    Dans le service où j'exerce, cette pratique de la réunion LATA se met en place progressivement et engendre beaucoup de réflexion autour de groupes de travail... Chacun souhaite que cela se passe au mieux et soit bénéfique non seulement pour le patient et sa famille mais aussi pour l'équipe...

     

    Pourtant, je ne m'y retrouve pas... Ces réunions sont nécessaires bien sur, il faut que la décision soit adaptée et collégiale, que chacun ait pu transmettre ses éléments essentiels à la décision... Mais soyons honnête, l'élément majeur est tout de même médical... Et la responsabilité reste médicale... Même la mort sera validée par un médecin...

    Alors si pour moi, mon rôle se limite à transmettre la connaissance que j'ai du patient, de son mode de vie, de ses désirs et de ceux de sa famille, je suis dans l'incapacité d'accepter de donner mon avis quant à la continuité des soins...

    Oui, j'ai un avis sur ce qu'il est raisonnable ou pas de continuer; mais cet avis est tout de même très clairement entaché de mes propres croyances, de ce que je suis, de mes angoisses et mes attentes...

     

    Je sors de ces réunions pluridisciplinaires écrasée de culpabilité... Me demandant si les décisions posées (et cependant révisables) ont été justes... En fait, je ne me sens pas légitime à donner mon opinion... Je n'ai pas les connaissances médicales nécessaires et mon travail ne doit être que celui du consultant social...

    Mon rôle est d'accompagner... Le patient, la famille, le médecin, l'équipe soignante... De proposer des alternatives, un transfert en unité de soins palliatifs, l'intervention d'une équipe d'USP... Mais pas de dire s'il est raisonnable de continuer la dialyse ou pas...

     

    Et si au lieu de permettre l'écoute de l'ensemble de l'équipe, ces réunions n'étaient qu'une violence de plus dans notre quotidien?

     

     

     


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